Je me relève, j'ai mal aux jambes. Ma respiration est saccadée, j'ai la tête qui tourne. Je me dis que ce n'est pas un soir à être dehors, encore moins un soir à se suicider, et je prend la décision de rentrer chez moi en essayant d'oublier ce qui vient de se passer et surtout, ce que je voulais faire.
Une fois rentré, j'aperçois ma mère descendre les escaliers et chose étrange, je vois quelqu'un descendre les marches derrière elle, on dirait un enfant. Le visage rond, souriant, mais il y a quelque chose de bizarre avec son nez. A peine ai-je eu le temps de le regarder qu'il vient bousculer ma mère, la poussant avec ses minuscules bras, au moment du contact une onde de choc équivalent à un puissant feu d'artifice se produit, et ma mère commence sa chute. Heureusement pour elle je la rattrape de justesse, puis je regarde à nouveau en haut des marches, et je vois l'enfant qui disparaît dans des flammes bleues apparues de nulle part ! Paniqué je serre fort ma mère, étonnée elle me remercie de l'avoir retenue et me dit que je pouvais la lacher maintenant, elle n'avait rien remarqué ! Je dois être fatigué, il faut que je m'allonge...
Je m'écroule sur le parquet de ma chambre, les yeux révulsés, mon corps tremble à nouveau, plus intensément cette fois-ci, je saigne du nez, qu'est-ce qui m'arrive ? Je me met à sombrer dans une espece de coma profond, la derniere chose que j'ai vu avant que mes yeux ne se ferment sont les glaires que j'ai régurgité. Des images me viennent, comme dans un rêve. Des images floues brouillent mon esprit, jusqu'à ce que progressivement tout devienne d'une extraordinaire netteté. Les images floues ont laissées la place à ma vision normale. Je suis devant un grand homme, tout de blanc vétu, j'imagine que ça doit être Dieu, en tout cas si je serais dieu, moi je m'habillerais comme ça. Il ne me voit pas, j'ai beau faire des grands signes et crier autant que ma voix me le permet, pas la moindre petite réaction de sa part. Blasé, je continue mon tour d'horizon, à coté de lui se trouve une femme magnifique, brune, les yeux verts, des formes dignes d'une déesse, une bouche fine, mais quelque chose cloche, on peut deviner qu'elle vient de pleurer. Et à la façon qu'elle a de se mordre les levres je dirais qu'elle garde un lourd secret. On dirait qu'elle m'observe tant elle jette des coup d'oeil dans ma direction, mais ce n'est pas moi qu'elle regarde, c'est la personne juste derrière moi...
Dans mon dos est assis un vieil homme aux cheveux sales qui, à la place du nez, arbore une horrible cicatrice, des vers blancs ont élus domicile dans cette balafre. A sa vue je réprime une envie de vomir. Bien qu'inquiétant il l'était beaucoup moins que la personne à coté de lui, celle-ci semblait froide, distante, on ne pouvait distinguer quel était son sexe car la bure qui lui servait d'habit lui faisait des formes quelquonques. Cette bure, entre celle d'un moine et celle avec laquelle on représente traditionellement la mort, oscillait entre le blanc et le noir. En effet, selon qui parlait, le vêtement changeait immédiatemment de couleur. On ne pouvait pas voir son visage sous la capuche, à la place on ne voyait que l'obscurité. On aurait dit que cette personne savait exactement pourquoi elle était là, elle le savait, il n'y avait aucun doute, contrairement aux trois autres personnes celle-ci ne donnait aucun signe de nervosité, peut être parce qu'elle n'avait rien à perdre dans l'échange qui allait suivre dans ce mysterieux endroit. J'avais atterri je ne sais où, autour de moi il n'y avait rien, c'était noir, particulierement froid, on avait l'impression de marcher dans le vide, de flotter, bien qu'on sentait le sol sous nos pieds, il était comme transparent. Je continuai mon inspection des lieux lorsque l'homme à la cicatrice parla à l'homme en blanc.
- Dis moi, on dirait que notre pacte va toucher à sa fin.
- Tu as raison vieil homme, il est temps d'ajouter nos deux volontés.
- Depuis le temps que j'attend ça.
- Mais je te rappelle qu'elles resteront secrètes et inapplicables jusqu'à ce qu'il prenne conscience de son ennemi.
- Je sais tout ça ! Pour qui me prend-tu, un mortel ? Pauvre fou !
Le ton était monté pour je ne sais quelle raison, l'homme à la cicatrice était apparemment très en colère, très excité aussi. Mais ce qui m'inquiétais vraiment c'était la couleur de la bure qui était violemment passé du blanc à un noir sombre comme la mort. Mais l'homme que je prenais pour Dieu ne semblait pas prêté attention à ce détail, il restait très calme malgré l'insulte du vieil homme à la cicatrice monstrueuse, il le remit aussitôt à sa place, d'un ton froid et persuasif, il continua la discussion.
- Modère tes paroles...
- Tu n'as pas à me donner d'ordre !
- Toi non plus...
- Bref ! C'est avec joie qu'ici même, au purgatoire, je passe le premier, enfin, si tu me le permet.
- Je t'en prie...
- C'est ironique pour toi de dire ça non ?
La jeune femme si jolie laissait échapper une larme le long de sa joue, je voulais lui parler mais elle ne voyais pas non plus, comme tout le monde présent ici, j'étais simple spectateur, ce qui avait le don de m'exaspérer, au moins aurais-je appris où je me trouvais, c'est un début.
- On va sceller le sors de l'humanité toute entière, tu en as conscience j'espère ?
- Bien plus que tu ne le crois mon vieil ami.
- Ne m'appelle pas comme ça !
- Tu prefères pauvre fou peut être ?
L'homme en blanc dessina dans l'air un rectangle du doigt, une lumière intense s'en suivit, et un parchemin semblant dater de plusieurs millénaires apparu. Sur celui-ci on pouvait voir un texte séparé en quatre parties, et en bas du parchemin se trouvait deux espaces. Le vieil homme posa sa main sur l'un des deux, et Dieu sur l'autre. Les deux parties qui étaient en contact avec leurs mains se consumèrent alors, les cendres fraiches étaient de couleur vertes fluorescentes. Il n'y avait pas de vent mais pourtant ces cendres virvoltaient dans les airs, pour finalement atterrir juste devant la jolie jeune femme à coté de l'homme en blanc, et devant la personne étrangement mysterieuse à coté du vieil homme. La bure de celle-ci à la vue des cendres, adopta une couleur proche du gris clair.
Toutes deux ramasserent les cendres et celles-ci fusionnèrent avec leurs mains, les cendres semblaientent s'être incrustées sous la peau. Le vieil homme se mit à rire, sans plus pouvoir s'arrêter, son rire était cruel, les vers qui avaient élus domicile dans le creux de son visage s'agitaient au rythme de ces petits cris saccadés.
- Après des millions d'années je tiens enfin le pouvoir, hahaha !
- Seul l'avenir nous le dira...
- Oh non, pas cette fois, pas besoin d'attendre la réponse du futur, je peut te l'affirmer dès aujourd'hui, tu as perdu, Dieu ou pas Dieu !
- Nous verrons Lucifer, nous verrons.
Et Dieu lança ce qu'il restait du parchemin à travers l'obscurité du purgatoire, on le vit disparaître dans des flammes bleues, semblables en tout point à celles dans lesquelles avait disparu l'enfant...